J'évoquais dans un billet précédent l'appauvrissement de la flore de nos champs. Il n'y a pas plus de dix ans, dans le pré qui borde mon jardin, je trouvais à la belle saison des coquelicots, du sainfoin, des campanules, des bleuets... Aujourd'hui toutes ces couleurs ont disparues de mon champs. Seules quelques renoncules et des salsifis des près parsèment de touches jaunes un grand espace d'herbe maigrelette.
Je suis persuadé que cet appauvrissement biologique est dû aux fenaisons de plus en plus précoces qu'effectue mon néanmoins sympathique voisin. Aussi mon sang n'a fait qu'un tour la semaine dernière, lorsque je l'ai vu attaquer le fauchage de la parcelle (nous étions mi-mai!!).
Mon voisin est un type fort sympathique, qui me rend bien service en entretenant ces quelques ares d'herbe gracieusement, mais il est aussi un bon paysan traditionnel, à qui j'aurais été bien en peine d'expliquer toutes mes histoires de biodiversité et de survie des abeilles. D'ailleurs pour lui, s'il n'y a plus de fleurs dans les champs, c'est la faute aux abeilles qui ne butinent plus (alors que personnellement je suis persuadé du contraire : si les abeilles ne butinent plus c'est parce qu'il n'y a plus de fleurs).
Bref, j'étais bien embêté et j'ai dû mentir pour lui faire lâcher prise. J'ai arrêté son tracteur et je lui ai expliqué que j'allais prendre en pension quelques lapins qui auront besoin de foin frais. Il a vite proposé de laisser en l'état une grosse partie de la parcelle, pour que je garde l'herbe. Du coup il m'a laissé environ 200m2 de champs, que je devrai faucher à la main... dès que les fleurs auront grainé et que j'aurai appris à utiliser une faux.
Déjà je vois des marguerites, des trèfles et du lotier prospérer. Avec un peu de chance j'y trouverai d'autres fleurs sauvages avant de tout couper vers fin juin.
J'imagine bien que les coquelicots et les sainfoins ne reviendront pas de sitôt, mais durant mes footing dans la campagne environnante, j'ai déjà repéré quelques champs riches en fleurs sauvages (sans doutes fauchés tardivement, eux) où je compte aller m'approvisionner en graines quand le moment sera venu. Tout cela est un brin artificiel certes, mais je n'ai pas la patience d'attendre des années que les fleurs reviennent d'elles même.
Dernier inconvénient, et non des moindres : pour ne pas perdre définitivement toute crédibilité auprès du monde paysan, je dois maintenant me lancer dans l'élevage de lapins. Et ça, ça n'était pas du tout prévu au programme !